La cigogne ukrainienne, plus habile qu’un drone russe!

L’aisance avec laquelle une cigogne ukrainienne échappe à un drone russe qui l’a prise en chasse est rassurante. Elle montre aussi que les systèmes volants les plus perfectionnés restent ceux que la nature a optimisés pendant des millions d’années, et nous remplit d’espoir quant à la survie de Ciconia ciconia en Ukraine malgré la guerre.

Les cigognes, merveilles de la Nature

Si vous êtes déjà allé à l’aéroport des cigognes qui se trouve près du parc de l’Orangerie, à Strasbourg, vous avez vu ces grands oiseaux blancs et noirs planer à quelques mètres au-dessus de votre tête, après s’être élancés d’un toit maculé d’excréments blancs. À cette altitude, le vol de la cigogne semble lourd et les battements d’ailes nécessaires pour la soulever paraissent lents et amples. En réalité, une cigogne est un planeur habile qui, sans grand effort, peut franchir des distances considérables.
Ainsi, une cigogne d’Ukraine, après avoir chassé et pêché tout l’été, part hiverner au Kenya ou en Tanzanie, parfois jusqu’en Afrique du Sud (une cigogne de France ou d’Espagne se rendra plutôt en Mauritanie, au Mali, voire au Nigeria). Pour couvrir les quelque 6 000 kilomètres qui séparent l’Ukraine du Soudan, il lui faudra environ trois semaines. Volant chaque jour de sept à dix heures d’affilée à une vitesse moyenne de 35 kilomètres par heure, les cigognes progressent de 250 à 300 kilomètres par jour, s’élevant parfois jusqu’à 4 000 mètres d’altitude. Pour cela, elles planent d’un courant ascendant à l’autre en perdant progressivement de l’altitude, ce qui leur permet de consommer très peu d’énergie. Elles doivent toutefois éviter la mer, où les courants ascendants sont rares. En outre, une cigogne ne voyage que de jour et lorsque les conditions météorologiques sont favorables, s’arrêtant en fin d’après-midi lorsque les ascendances faiblissent. Elle ne reprend alors sa route que le lendemain matin, et seulement si le temps le permet.
Au Soudan, il y a une guerre atroce ; en Ukraine, il y a une guerre atroce. Les cigognes continuent pourtant leur vie au milieu de tout cela, et la façon dont ce magnifique oiseau a fui, en une fraction de seconde, la bruyante et laide machine humaine pleine de mauvaises intentions est rassurante. Le drone capable de manœuvrer comme une Ciconia ciconia n’est pas encore… né !


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